Je me souviens de mes vacances à Moroni. Je devais avoir 6 – 7 ans dans ces eaux là et mes parents avaient pris l’habitude de passer quelques jours là-bas pendant les vacances d’hiver. C’était le paradis sur terre : plages de rêves, mer turquoise, la roche volcanique contrastait avec la végétation luxuriante de l’île. On apportait nos vieilles affaires aux populations locales qui nous remerciaient en nous apportant de magnifiques fruits qu’on retrouvait au pied de la case à notre réveil. On a dû y aller trois années de suite et puis ça s’est arrêté. A cette époque, j’avais été un peu triste de ne pas revoir mes potes comoriens avec qui on rigolait et qui nous avait présenté leur village. Il n’y avait pas de barrières racistes ni de préjugés. Ca avait été une belle rencontre. Plus tard, j’ai compris pourquoi nous n’étions pas retourné dans ce paradis. La soif de pouvoir de certains arrive à détruire ce qu’il y a de plus beau.
Pendant longtemps, les Comores ont été rattachées à la France via la gouvernance de Mayotte. En effet, en pleine période d’expansion coloniale la France fait main basse sur l’archipel dès 1911 qui est administrativement rattaché à Madagascar. L’Afrique est à cette époque le nouveau terrain de jeu de notre pays. A la sortie de la seconde Guerre mondiale, les Comores deviennent indépendantes de Madagascar. Le processus d’indépendance est alors en route comme dans bon nombre de colonies un peu partout dans le monde. Les richesses des îles (Grande Comore, Anjouan et Mohéli) restent dans les mains des colons ce qui ravive le sentiment nationaliste. En 1958, l’archipel devient un Territoire d’Outre Mer. Le poste de vice-président du Conseil de gouvernement revient à Mohamed Ahmed, un comorien. Tout un symbole ! Le 6 juillet 1975, la République fédérale islamique des Comores est créée et proclame son indépendance. Cette déclaration va entraîner la révolution comorienne. En effet, la France ne voit pas cette décision d’un bon œil et veut garder un pied à terre dans cette partie du globe pour contrôler le canal du Mozambique. Bob Denard débarque alors le 3 août 1975, sûrement avec l’aval de « Monsieur Afrique » de l’époque ; Jacques Foccart, et place Ali Soilih à la tête des Comores. Mohamed Ahmed est contraint à l’exil : il part … en France… A partir de là, Denard gouvernera l’île en plaçant à sa tête « ses » hommes. En effet, en 1976, des tensions ethniques se font ressentir et de nombreux conflits éclatent entre comoriens d’origine malgache et ceux d’origine musulmane entraînant l’exil de nombreux comoriens… Le mercenaire français renverse Soilih qui y perdra la vie. Ahmed Abdallah accède et au pouvoir et met en place un régime autoritaire, aidé pour cela par sa « garde présidentielle » de 600 hommes, montée de toute pièce par Denard… Ce « faiseur de rois » n’aura plus le soutien de la France avec l’arrivée de Mitterrand à la tête du gouvernement. Cela ne tienne, il et chez lui aux Comores et continuera de faire la pluie et le beau temps. Son poulain Abdallah, continue sa route vers la dictature en éliminant les autres partis politiques. Seul son parti, Union Comorienne pour le Progrès est autorisé. Cependant, Le Front démocratique, fondé par Moustoifa Cheikh, tente de survivre. Les Comores ont besoin d’argent. Abdallah accueillent avec bienfaisance les structures touristiques mais également les marchands d’arme qui veulent contourner l’embargo. L’archipel devient dans le même temps une base reculée contre le Mozambique. La corruption s’étend de plus en plus. En 1989, le président comorien demande à Denard de laisser les armes, pressentant un nouveau coup d’état. Il est tué par un garde présidentiel et Denard est blessé. Ce dernier devenu impopulaire est évacué par les troupes… françaises... Le rôle de la France n’est vraiment pas clair dans toute l’histoire des Comores… Bref, Denard ne souhaite pas en rester là et revient en 1995 pour détrôner Said Mohamed Djohar, le demi frère de Soilih… le 3 octobre de la même année, l’Opération Oside est lancée par la France pour ramener l’ordre dans l’archipel. Cette fois-ci l’armée française fait prisonnier Denard et le met en résidence surveillée en France… Entre temps Djohar revient au pouvoir mais est finalement chassé en 1990 par… Denard, soutenu par la France… et est interné à al Réunion, jugé four…. Djohar revient cependant au pouvoir quelques années plus tard. Le pays est alors en pleine crise financière et la corruption est au cœur même de la politique comorienne. En 1995, Denard renverse une nouvelle fois Djohar puis est rapatrié en France par es services secrets… ça sera le dernier coup du mercenaire dans l’archipel… On se dit alors que le pays devrait trouver une nouvelle stabilité politique avec l’élection de Mohamed Taki Abdulkarim en 1996… Cependant l’archipel doit faire face à la montée des indépendantistes : Mohéli dans un premier temps puis Anjouan souhaitent être rattachée à la France ; elles jugent être défavorisées face à la Grande Comore… A partir de cette date, les tensions entre Anjouan et le pouvoir en place ne cessera de grandir et ce malgré le changement de constitution de 2001 qui dote les 3 îles de « l’Union des Comores » d’une grande autonomie avec une présidence tournante entre les îles tout les 4 ans… En avril 2002, le colonel Azali est élu Président de l’Union ( Azali avait déjà eu le pouvoir mais par un coup d’état…) tandis que Mohamed Bacar, Mohamed Saïd Fazul et Abou Soulé Elbak deviennent respectivement présidents d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore… Azali n’aura de cesse de vouloir restreindre le pouvoir des îles. En 2006, des élections ont lieu et voit le triomphe de Ahmed Abdallah Sambi. Pour la première fois de son histoire, les élections semblent s’être déroulées de façon démocratiques et sans fraude constatée par les observateurs.
Sambi est alors confronté au même difficultés que le colonel Azali. Bakar prône toujours la séparation. En 2007, chaque île doit élire son président. Quelques semaines avant ces élections, Sambi destitue Bakar arguant du fait que son mandat est dépassé. Ce dernier rentre alors en sécession et les conflits entre la police anjouanaise et les forces de l’union se multiplient pour arriver au débarquement du 25/03/08… Ainsi, je ne sais pas si un jour je retrouverais le paradis que me semblait être Moroni… et je ne sais pas si un jour La France finira d’y voir une base militaire stratégique…
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